Hélène Langevin : Danser l’alphabet, transmettre la passion
— Par Léa Villalba
Avec une expérience de plus de 40 ans consacrée à l’enfance, Hélène Langevin, directrice artistique de la compagnie jeunesse Bouge de là, propose aujourd’hui la deuxième édition de son jeu 26 cartes à danser. Apprécié tant par les enseignant.e.s que par les familles, cet outil s’adresse autant aux petits qu’aux plus grands. Il représente non seulement une ressource pédagogique, mais aussi une façon pour Hélène Langevin de laisser un héritage, de transmettre sa passion alors qu’elle amorce doucement sa transition vers la retraite.
- Quel est le lien entre le spectacle Les 26 lettres à danser et le jeu de cartes Les 26 cartes à danser ?
Le premier a inspiré le deuxième. J’avais remarqué qu’il y avait beaucoup d’abécédaires pour les enfants, sur des villes, sur des animaux, etc. Et rien en danse alors ça m’a allumé ! C’est donc en 2016 que j’ai d’abord créé le spectacle 26 lettres à danser. Le principe est simple : chaque lettre est associée à un mot et chaque mot est dansé avec un univers différent, qui est parfois plus théâtral, vocal, contemporain, conceptuel, etc. Le B enclenche par exemple une Bataille au ralenti pour attraper un Ballon Bleu qui Bondit tout partout! Ce spectacle a été un hit dès la première fois qu’on l’a joué. On a fait plus de 250 shows et à chaque fois, le public le redemande. C’est alors que j’ai eu l’idée de créer un jeu de cartes, pour faire danser les jeunes, autant à l’école que dans les familles, au-delà du spectacle.
- La première édition est sortie en 2017. La deuxième est sortie il y a quelques mois. Pouvez-vous m’en parler davantage ?
Ce sont des cartes qui offrent 26 idées différentes pour faire danser les enfants et chaque lettre est reliée à un mot. Certaines cartes se dansent en solo, d’autres deux à deux ou en groupe, ce qui permet des interactions créatives. L’enseignant.e ou le parent lit la carte et les enfants dansent. Il n’y a pas besoin de savoir danser pour faire danser les enfants. L’activité est simple à comprendre et c’est naturel chez eux de bouger. Dans cette première édition, on est surtout autour du corps, de sa mobilité globale et ses différentes parties. Le E par exemple, c’est l’Équilibre : sur quelle partie de ton corps peux-tu faire un équilibre ? Le C par exemple, c’est la Chaise musicale. On doit faire une statue sur une chaise quand la musique s’arrête, mais il est interdit de s’assoir comme à l’école ! On doit inventer des drôles de positions avec la chaise. L’enfant trouve des solutions selon les demandes, de façon créative!


Avec la deuxième édition, on propose des mots qui plaisent aux jeunes enfants jusqu’aux adolescents. Ce sont des structures d’improvisation de groupe plus élaborées, des structures rythmiques pour la composition chorégraphique. Par exemple : sur une musique tout le monde danse individuellement et la danse s’arrête quand toutes les personnes dansent le même mouvement. Résultat : le groupe devient une entité ! C’est très intéressant pour observer la mouvance du groupe et les relations sociales.
- Comment le mouvement contribue-t-il au bonheur des enfants ?
Bouger rend les enfants heureux. C’est un fait. Avec le jeu, dès que les enfants commencent à bouger ensemble, ils et elles ressentent de la joie. La danse amène la joie. Et c’est important de lui laisser une place pour s’exprimer, à cette joie. Elle peut venir avec un certain chaos ludique, mais il faut l’accepter. L’enseignant.e ou le parent ne doit pas tout contrôler. Il y a des rires, ça saute, ça tourne, ça danse quoi ! Laissez-les être heureux.ses ! Les montagnes de neige ne sont plus autorisées, ça ne joue plus au ballon chasseur alors être dans son corps, bouger, ça fait du bien ! Aujourd’hui, il y a peu d’occasions de danser dans les écoles, dans les familles. Même les jeux physiques ont moins de place qu’avant. Alors il faut provoquer ces moments.
- Pourquoi la danse est-elle importante dès l’enfance selon vous ?
En plus d’amener du bonheur, la danse a plusieurs bienfaits, comme améliorer le développement moteur, développer l’imagination et la liberté de mouvement. Prendre possession de son corps donne aussi confiance en soi! Aussi, le jeu permet de favoriser le côté social, la communication, le travail d’équipe, la coopération. Même tout.e seul.e, on danse avec du monde. Et grâce à ce partage, l’enfant comprend que tous les enfants sont différents et ont leur propre individualité. Ça permet aussi d’apprendre des autres et de mieux se connaitre soi. Quand tu as bougé tout ton corps, tu n’es plus la même personne. Tu ouvres ton langage, ta recherche intérieure. Ton corps recherche d’autres aptitudes à bouger, d’autres pistes, d’autres solutions qui développent ta créativité.




