Twinning & Habitacle : bercer l’instant
— Par Gabrielle Bertrand-Lehouillier
Au soleil, sur la terrasse du café librairie L’Hybride, une composition musicale percussive démarre. Sovann et Kalliane entrent en jeu, littéralement. Je me délecte de leur complicité physique et ludique. De brèves variations surviennent dans leurs enchaînements de mouvements identiques, rebondissants et contagieux. La résolution toute en amplitude de leurs gestes contenus est si satisfaisante. Le public s’exclame. Leur humour rythmique surprend, captive, garde alerte.
Près d’un coin de rue derrière le centre récréatif, Stéphanie stationne son Ford F150. Seule à bord, sa proposition n’est pas un solo. C’est un duo fusionnel pour corps et carrosserie. Son toucher envers le pickup a la même qualité qu’on adopte quand on empoigne ou qu’on caresse un être vivant. Plusieurs autres objets ponctuent son itinéraire d’effets magiques, touchants et drôles.

Photo : ©Marie Josée Lemieux
Tandis que Sovann et Kalliane évoluent de la gestuelle dynamique des streetdances vers un decrescendo de leur corps qui trace des cercles concentriques, je me retrouve la bouche ouverte, envoûtée, moi-même en train d’osciller d’un pied à l’autre.
Recroquevillée sous le capot, suspendue à la ceinture de sécurité, puis debout sur le toit. Stéphanie, dissimulée sous une bâche dans la boîte de son pickup formule, quant à elle, une demande : « J’ai besoin qu’on me berce ». Le public n’hésite pas à répondre à son invitation. Le mouvement de balancement de la foule rassemblée autour du camion déclenche l’émergence d’une performance chantée. Mais je n’ai pas envie de crier ni de chanter. J’ai envie de prendre soin, tel que sollicité précédemment.
Photo : ©Moïse Marcoux-Chabot




