Les Dauphins et les Licornes : L’être marin VS l’occulte
— Par Géraldine-Clarence Kamnaing
Cet article à été rédigé dans le cadre de la Résidence Interstice.
Le 14 octobre, le MAI (Montréal, arts interculturels) recevait, en mode représentation décontractée, l’œuvre Les Dauphins et les Licornes de la compagnie de danse Maï(g)wenn et les orteils. Cette sixième création, entamée en 2021; lorsque la pandémie nous imposait son rythme, dévoile le besoin d’être avec l’autre.
Incarnée par six interprètes, Les Dauphins et les Licornes rassemble les éléments essentiels pour arriver à une union chaotique et vulnérable. La pièce reflète aussi parfaitement bien la mission de la compagnie : créer un espace de rencontre entre des artistes professionnel·les neuroatypiques et neurotypiques.
Ainsi, le public découvre Léonie, Roxanne, Marianne, Nicolas, George et Antoine. Même avant de connaître leurs noms, on voit cinq personnes répéter, réviser et frétiller dans l’espace encore éclairé. Une mystérieuse voix chantonne des airs de musique pop américaine. Ayant tous·tes leurs singularités, les interprètes forment deux équipes distinctes nommées les dauphins et les licornes. Clin d’œil évident à la chanson du même nom des Trois Accords. Les règles du jeu sont clairement énoncées au public en utilisant le micro placé au centre de la scène. À cet égard, le dialogue entre les danseur·euses et l’audience (et l’éclairagiste !) est établi dès les premiers instants de la pièce. Pour des monologues, des discussions, des cris, des chuchotements et du chant, la voix sert d’outil pour extérioriser, avec ou sans filtre.
Si l’on revient à ce fameux duel d’équipe, parce qu’évidemment, les interprètes sont en compétition, on assiste à des chamailleries et de la rivalité. En revanche, certaines délimitations sont floues : des interprètes s’identifient comme étant dauphin-licorne ou dauphin avec une touche de licorne. On comprend qu’on peut parfois avoir des affinités avec des ennemis par défaut. Les costumes sont d’ailleurs une autre manière de comprendre le cheminement interne des danseur·euses. Les licornes, vêtues de roses et les dauphins, de bleu, retirent, portent, manipulent et dévoilent des vêtements recouverts par des housses beiges, placés en arrière-scène sur un long porte-cintre.



Le corps comme identité
Des techniques de danse provenant de la gigue et de la danse contemporaine sont identifiables lors de certains passages. Par exemple, Antoine lit la définition de la danse sur un papier qu’il a pigé et Nicolas se porte volontaire pour la démontrer sous l’éclairage qui forme une douche sur lui. On remarque des lignes claires dans ses bras et ses jambes et une volonté d’être précis dans ses choix de positions. D’autres gestes peuvent, quant à eux, directement être associés aux mots prononcés lorsqu’un·e interlocuteur·trice s’exprime, leur donnant un aspect lyrique.
La musique aussi est diversifiée. On entend les artistes sur scène chanter, mais sont aussi diffusées des musiques rock, de la pop française, une musique originale de Chloé Lacasse et bien sûr celle des Trois Accords.



Les Dauphins et les Licornes est un énorme melting pot de personnages, de relations, de mots, de sons, de mouvements, d’accessoires et de lumières. On est parfois surchargé d’informations qui se développent, qui s’entrecoupent et qui se mélangent. On se laisse rapidement emporter par la tempête. L’ambiance est si décontractée en matière de performance qu’on tombe vite dans l’appréciation des irrégularités. La tentative d’un unisson dansé est là, mais la singularité de chaque individu les empêche d’être absolument pareils. Enfin, on ne ressent pas le fil conducteur d’une histoire classique, mais plutôt des instants de partage dans le point de vue de chaque personnage.
Pour conclure, cette œuvre crée un moment de suspension où l’on s’évade dans un univers inondé d’eau pailletée. Il n’y a pas réellement d’eau sur scène, mais il y a des costumes scintillants éparpillés un peu partout sur le tapis blanc. Ces tissus qui couvrent le sol comme lorsqu’on ne trouve pas le chandail parfait pour une sortie nocturne, symbolisent la multitude d’émotions que nous a fait vivre chaque personnage. On sort de la salle avec cette impression d’avoir été témoin des rêves de six personnes.
Photos : ©David Wong
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