2 octobre 2026Critiques

Millepertuis : se laisser transporter

— Par Caro Morcos

Dès l’entrée en scène, même encore dans la pénombre, je perçois un humour physique, sincère, posé, et sans prétention. Walid ‘Waldo’ Hammani assume une connexion joyeuse avec le public dans Millepertuis, une présence ancrée dans le moment.

J’ai l’impression d’être dans une foule, de traverser une rue passante, même s’il s’agit d’un solo. Entre popping, pantomime, jonglerie, des personnages m’apparaîssent fugacement à travers une posture, un dos courbé, une démarche. Ces sursauts d’image font rire, surprennent et nous rendent d'autant plus attentifs à l'œuvre. Walid est phénoménal et virtuose. Surtout, sa malice est forte, attendrissante et humble. Je me sens ainsi connecté et en confiance – ce qui me permettra par la suite d’être transporté vers des états plus vulnérables.

Un narratif se crée dans ces passages d’états : d’abord énergique, qui s’emporte et se perd ; puis dans des courbes vaporeuses, comme un profond sommeil qui emporte sans qu’on ne l’ait vu venir. J’ai l’impression d’être entouré d’une brume matinale : vivre ensemble la dernière journée de festival, en ressentir l’effervescence, contribue à ce moment de calme collectif. Je me dépose, porté par Walid en scène. Yeux fermés, ses mouvements de main sont délicats et tendres. Un doux rapport à soi éclot, touchant de par sa profondeur.

Nous avoir mené de la flamboyante espièglerie du début à autant de fragilité intime révèle toute la maîtrise artistique de Walid et du chorégraphe Sovann Rochon-Prom Tep. Celle-ci nous apparaît en toute simplicité, humilité et sincérité - telle une fleur qui n’attend rien de nous : que reconnaissance, attention et soin.

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