Repos : installation somnambule
— Par Gabrielle Bertrand-Lehouillier
Vendredi, 10h. Chapelle du Cap. Cap-au-Renard.
J’entre dans un décor bleu poudre. Un œil est peint au fond de la chapelle, au-dessus de l’autel. Des vibrations sonores installent l’ambiance sous les conversations de l’entrée du public. Des objets aux textures et couleurs multiples sont disposés dans l’espace en trois stations. Les formes sont inattendues, curieuses, comme ce masque géométrique qui camoufle le visage d’un être debout.
C’est un trio qui apparaît éventuellement et habite ce monde plastique. Ne pas avoir accès à leur visage dirige mon attention ailleurs. Ce sont leurs mains qui prennent alors une importance nouvelle. Elles bougent tantôt lentement, tantôt frénétiquement autour des objets qui révèlent leurs propriétés sonores. Des thérémines y sont cachés. Les artistes s’agitent et jouent avec les ondes électromagnétiques, ce qui me plonge dans un univers cosmique inconnu, voire doucement psychédélique.
Une longue bande de gel d’éclairage, un plastique transparent, est déroulée et promenée dans l’assistance. Elle dédouble la vision que j’ai des quatre vases incongrus au centre de l’espace. Elle transforme également les arc-en-ciel déjà produits par le soleil qui traverse des autocollants de formes géométriques installés dans les fenêtres. Ce moment me révèle l’existence de multiples autres dimensions sensorielles invisibles à l'œil nu.
Bien que la proposition artistique soit globalement absurde et ponctuée de moments d’humour esthétique, l’introspection sensorielle dans laquelle je me suis trouvée a fait émerger une réflexion profonde : un rappel que notre présence incarnée résonne au-delà du visible par son mouvement et ses actions.
Photo : © Marie-José Lemieux




