Nos espoirs furieux: tomber, mais toujours recommencer
— Par Léa Villalba
Du 8 au 15 septembre, La Fratrie a souligné ses 10 ans à La Chapelle avec sa nouvelle création, Nos espoirs furieux. Inspirée par l’état actuel de l’environnement mondial, cette pièce puise dans le théâtre, la danse et l’acrobatie pour illustrer les diverses émotions qui peuvent traverser des individus en quête de sens, malgré tout. Une proposition sensible et visuelle, même si certains éléments scéniques auraient pu être poussés plus loin.
Une lumière attire une des interprètes. Puis un autre. Puis tous·tes. Ils et elles semblent happé·es par ce qui pourrait ressembler à une télévision qui diffuse une catastrophe, ou une énième mauvaise nouvelle. Puis peu à peu, les corps reculent, se font frapper par un bruit sourd. Telle une explosion. L’image est parlant : elle évoque la violence du monde, mais sans la reproduire de manière frontale. Sans la dramatiser encore plus.
Puis le réel se brouille, laisse place à l’imaginaire et nous amène dans l’univers des jeux vidéo. La guerre, intense, les elfes, drôles, et les mondes parallèles prennent alors leur place. Moment de répit qui disparait rapidement lorsqu’on comprend qu’il s’agit ici d’une échappatoire pour un des personnages qui a perdu le sens de sa vie. Qui a un besoin criant de fuir la réalité.
Et cette douleur qu’il ressent parait jusque sur les murs. Elle s’incarne dans une peinture noire alors jetée sur son corps. En effet, les interprètes évoluent dans un décor blanc qui subit au fil de l’histoire les traces des sentiments ressentis ou des actions à mettre en place. Un choix artistique vraiment intéressant qui aurait mérité d’être encore plus poussé.
Se présentent ensuite, de façon organique, en restant dans un côté narratif concret et rassurant, les autres personnages. Une femme qui découvre qu’elle est enceinte, une artiste qui veut parler de la fin du monde. Une famille qui se réunit pour un souper d’apparence banale, mais où les sujets divisent, enflamment les discussions pour finalement rappeler que l’amour calme tout.

©Maxim Paré-Fortin
Le corps comme relais
L’acrobatie et la danse se mêlent naturellement aux scènes plus théâtrales. Par exemple, la chute est incarnée dans son sens propre. Il tombe au sol, se lève, retombe, se relève. Longtemps. Une scène marquante de la pièce, tant par sa douce fluidité que par son symbole fort. Jusqu’à quand peut-on se relever ? Est-ce qu’une chute peut finalement devenir un élan pour rester debout ? Autre image forte du spectacle : celle d’un jeune père qui raconte à son fils qu’il est possible de nettoyer son petit coin, même si celui-ci a été taché de peinture. Une belle métaphore de nos océans remplis de pétrole.
C’est finalement le corps, et les mouvements qui concluent l’œuvre. Après la révolte, de doux câlins rassemblent les interprètes. Moment de paix. Et pour finir, c’est l’unisson d’une simple chorégraphie qui ouvre sur un espoir commun : continuer à vivre.
Avec Nos espoirs furieux, Alex Trahan préfère les symboles, les sourires et les discussions concrètes au choc. La Fratrie ne donne pas vraiment de réponse aux questions qu’elle soulève, mais ouvre plutôt un espace pour prendre conscience, à son rythme, de ce qui nous traverse et de ce qui demeure possible.
Photo : ©Maxim Paré-Fortin




