Mōnad : se donner la permission
— Par Gabrielle Bertrand-Lehouillier
S'enrouler dans le papier craft. S'habiller de ce qui est friable, fragile. Qui bruisse à chaque mouvement. Qui encombre et pourtant laisse émerger le geste urgent. Celui que la musique réveille, tel un cri du cœur. Petit à petit, comme un arbre à l’automne : le dépouillement. Fragments de papier fripés, isolés et groupés.
Après avoir dûment honoré de son freestyle les premiers beats offerts par son complice Jai Nitai, Spicey nous fait une toute petite demande. Put your hands up! En effet, Mōnad est une œuvre participative. C’est un jeu, une chanson à répondre, un party. Put your motherfuckin’ hands up! C’est un slogan politique, une arrestation collective, un geste solidaire. Je ris pendant que les muscles de mes épaules brûlent sous l’effort.
Sur une chanson très rythmée, Spicey déroule son papier craft qui passe de mains en mains dans le public. Un long morceau, puis deux, trois, quatre… Je suis en hypervigilance pour participer à la tâche : ne pas laisser tomber le papier, ne pas baisser les bras.
La présence enracinée de Jai Nitai, son regard bienveillant sur sa partenaire de scène et sa voix chargée d’émotions finement nuancées mettent en valeur la haute maîtrise du rythme et de la technique hip-hop dans les mouvements de Spicey. Le spectacle aurait pu se terminer à plusieurs moments, mais le voyage spirituel se poursuit.
Creuser en soi, s'exposer vulnérable. La mission est dans les petites actions. La liberté commence en se l’offrant à soi.
Photo : ©Moïse Marcoux-Chabot




