Les Champs Magnétiques : Danses attractives et répulsives
— Par Emmalie Ruest
La dernière création du chorégraphe québécois Sylvain Émard, Les Champs Magnétiques, est un sextuor construit en huis clos, avec comme thème l’interdépendance entre les êtres. Le créateur chevronné - 35 ans de carrière - est resté fidèle à certains éléments de sa signature chorégraphique : l’abondance des mouvements, les bras délicats autour de la tête, les pieds et poignets cassés, la relative neutralité des visages, etc. Une signature qui parfois vieillit bien, mais parfois moins.
Les six interprètes sont dans un unisson évolutif tout au long de la pièce. Ces moments d’ensemble deviennent plus significatifs lorsqu’ils sont ralentis et que la techno minimaliste de Poirier se déconstruit. Ils participent alors à nous accrocher aux variations de chaque interprète.
Les choses se complexifient lorsque les rythmes de la musique s’emballent. L’espace éclate, les danses s’accélèrent et des solos émergent. Rien n’est brouillon, mais tout se passe rapidement. La gestuelle est bavarde. Notre attention se divise, s’éparpille parce qu’on sent une forme de surcharge.


Certains passages semblent aussi sortir de nulle part, comme lorsque le groupe fait des mouvements qui s’apparentent à des danses traditionnelles ou influencées du streetdance. Certains mouvements de bras rappellent le voguing, d'autres moments de sauts avec des soulèvement de genoux qui martèlent le sol semblent emprunter à des rituels de célébration. Cela permet parfois de se connecter à l’esprit de fête, mais autrement, on se sent extérieur à ce qui se passe.
Ces changements de vitesse ne sont pas tous abrupts. Certains sont plus progressifs, mais on passe très souvent d’une chose à l’autre sans préciosité. Ce constat existe aussi quand une personne ou deux sortent du groupe. Ces manifestations d’individualité prennent des formes imparfaites et débordantes, mais elles sont toujours réabsorbées par le groupe, comme si de rien n’était. Même l’individu le plus tenace revient au chœur.
Les costumes de Marilène Bastien suivent aussi cette binarité de l’individu dans le groupe. Tous·tes portent des vêtements aux couleurs neutres et effacées, mais avec un élément néon dessous. Chacun·e est unique, mais comme les autres.
Les lumières d’André Rioux tentent pour leur part d’unir les corps. Alors que le début est baigné dans une pénombre douce, ce sont des monochromes francs et parfois vivifiants qui nous font ensuite voyager d’un tableau à l’autre : du blanc doux au vert clair, du rouge vif à un bleu digne de Perreault.
Tous·tes sont ensemble dans les mêmes teintes.




