10 février 2026Critiques

Les Champs Magnétiques : au microscope du vivant

— Par Caro Morcos

D’où me vient cette impression d’avoir mis l’œil dans un microscope? Ai-je vu, dans les carrés pâles du sol et du plafond, la lame et la lamelle? Dans cet espace d’entre-deux, ai-je alors observé un échantillon de microcosme?

Dans Les champs magnétiques, dernière  pièce de Sylvain Émard, l’échantillon est bien mouvant, étendu dans l’espace et sans impureté. L’éclairage uniforme, blanc puis en couleurs saturées, rappelle le colorant permettant aux reliefs de se démarquer. Les préparatifs ont été réalisés tel que nécessaire : sur le plateau-platine, rien ne dépasse de cette lame si bien préparée.

Je tente l’observation avec la même curiosité qui m'amènerait à regarder le fond de ma boîte à lunch au microscope, après l’avoir lavée. Malgré maints efforts d’anéantir le vivant à coup de liquide vaisselle, je ne me surprendrais pas d’y voir un groupe s’y promener, au pas léger, en semi-équilibres. Je ne m’étonnerais pas non plus des conversations de groupe cryptiques, de par ces gestuelles symboliques répétées, mais sans grande signification. Je ne me déconcerterais pas d’être témoin de lyrisme – l’amplitude des sentiments étant proportionnelle au grossissement du microscope.

©Camille Gladu-Drouin
©Camille Gladu-Drouin

Je m’intéresse aux détails : des lignes néons dans les costumes pastel; de rares mouvements fugaces dissonant d’une chorégraphie commune; des regards furtifs de front ou de côté. Puis, mes pensées se nourrissent d’elle-même d’hypothèses, supposant ce qui aurait pu y être. Le sérieux masque-t-il le potentiel d’un esprit joueur, d’un humour sous-jacent? Pourquoi les différents éclairages-colorants ne parviennent-ils pas à dévoiler de multiples dynamiques? Y a-t-il bel et bien une écoute, mais sans complicité apparente? Et qu’adviendrait-il de ma propre écoute avec davantage de recherche sonore? Car mon attention s’étouffe de plus en plus dans la musique électronique, dont la composition rythmique est appréciable mais ne parvient pas à compenser le manque de textures sonores. Un occasionnel grain de vinyle usée n’est pas suffisant pour amener l’amplitude nécessaire.

Je cesse les observations – me voilà en terrain imaginaire plutôt que de regarder ce qui est là. En m’éloignant de l’oculaire, n’ayant pas eu de grandes attentes, je me satisfais d’une curiosité renouvelée.

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