2 octobre 2026Critiques

FURIES 2026 : Revenir et aimer plus fort

— Par Caro Morcos

FURIES est devenu pour moi un événement incontournable, qui me ramène dans la région chaque année. Je pense aux personnes impliquées dans et autour de ce festival : l’accueil est au-delà du généreux, chaleureux, ample comme l’anse qui reçoit le fleuve dans ses bras grands ouverts.

En cette soirée d'ouverture pour l'édition 2026, je me sens choyé de retrouver la collectivité, de faire partie de la visite de passage qui se rassemble pour l’occasion. Je suis particulièrement reconnaissant de revenir sur le territoire, et d’être accompagné de la performance et des mots d’ouverture d’Alexia Vinci, artiste multidisciplinaire de la nation mi’gmaq de Gespeg.

Sa performance invite d’abord à partager d’où l’on vient, sans se référer aux toponymes d’usage, invitant donc à se relier au territoire par une description autant poétique que concrète. Lorsque nous nous retrouvons ensuite autour de la scène, c’est Alexia qui parle en premier. À travers ses mots, je prends ainsi le temps d’arriver tandis qu’elle retrace les chemins parcourus pour se rendre à la Maison de la Culture de Sainte-Anne-des-Monts, depuis toutes les directions. Nous voilà maintenant rassemblé-es.

S’ancrer dès les prémisses 

Les allocutions qui s’ensuivent permettent de redescendre de l’étourdissement des retrouvailles, de remercier pour les délicieuses bouchées servies dans le hall, de mentionner l’exposition de Stéphanie Beaudoin, Backwash : dans les eaux troubles de nos liens, qui sera à découvrir plus amplement par la suite. 

L’excitation du festival est déjà présente, et prête à se déployer encore davantage, avec justesse, en prenant le temps qu’il faut. Priscilla Guy, Sébastien Provencher et Karla Etienne, à la codirection artistique de FURIES, partagent d’ailleurs l’intention du festival de s’approfondir –  plutôt que de grandir et d’en faire toujours plus. D’édition en édition, je m’en réjouis. Ce rythme assumé permet effectivement une profondeur dans les rencontres, la fierté et l’effervescence artistique que propose FURIES.

Les performances qui succèdent aux discours me permettent d’ouvrir mon regard, d’entrer en relation avec les artistes. Celle de Mithra ‘Myth’ Rabel, Speakeasy, que j’ai pourtant déjà vu, me rappelle comment FURIES dévoile les œuvres autrement, parce que la rencontre avec le public y est tout autant importante que l’œuvre en elle-même. J’ai du plaisir à revoir l'œuvre se construire, les artistes arriver sur scène. Je suis captivé par la rencontre progressive du mouvement avec la musique, la poésie. Je sens mon regard se poser sur les gestes, mon écoute s’enrichir, mon imaginaire s’ouvrir.

La performance suivante, African Celestial Beings d’Athena Lucie Assamba, accompagnée de Leah Danga, me confronte rapidement à mon ignorance des traditions bamilékées de l’Ouest camerounais. Leur engagement corporel, sérieux, fait face à un masque africain - je ne peux pas nommer ce qu’il se passe, mais j’en ressens l’importance. Le moment partagé est si fort. Surtout, leur énergie est particulièrement contagieuse. Quand le solennel se casse par la suite grâce à l’humour dans des gestes décalés ou encore de l’autodérision assumée, toute la salle rit, réagit, en joie. 

Lire d'autres articles