30 août 2026Critiques

FURIES 2026 : clôre aujourd’hui, ouvrir pour demain

— Par Gabrielle Bertrand-Lehouillier

Les fenêtres sont ouvertes, mais il fait chaud au centre récréatif de Marsoui. L’énergie est palpable dans cette salle communautaire temporairement transformée en discothèque. DJ BlackGold crée une ambiance festive digne de la fin du festival. Car oui, on y est déjà : c’est la soirée de clôture de la 7e édition de FURIES.

Des performances surprises nous attendent. Entre les enchaînements musicaux soigneusement sélectionnés nous sont promises trois apparitions sur le plancher de danse : Aurélie Ann Figaro en mode boogiedump en direct, Laurence Lallier-Roussin sous son personnage clownesque Toni Timine et Brian Mendez en solo de voguing. En les attendant comme un dessert à trois services, les festivalier·ères dansent, jasent, se dépensent, s’amusent, repu·es d’un festival bien garni, mais à l’affût de toute sucrerie artistique supplémentaire à se mettre sous la dent.

Lors d’un moment à l’extérieur pour me rafraîchir avant de retourner danser, je rencontre une habitante de Marsoui, Louise avec qui je discute joyeusement dans les escaliers. Elle me partage que les occasions de se réunir et de danser au village se font rares. À son âge, elle est fière d’être sortie de chez elle un dimanche soir à 21h pour profiter de la dernière soirée du festival et ainsi recharger sa batterie sociale avant le retour au calme. Au calme plat.

En effet, FURIES a accueilli des publics provenant d’une dizaine de régions du Québec et d’ailleurs au Canada, en plus des 55 artistes invité·es de Rimouski, La Martre, Trois-Pistoles, Montréal, Berlin et bien sûr, Marsoui. Mais la majorité de ce beau monde retourne ensuite dans son coin de pays après les quatre jours de festivités artistiques déployées en Haute-Gaspésie. Le petit village de Marsoui redevient alors bien tranquille.

La confidence de Louise témoigne du courage que ça demande de sortir de chez soi pour aller à la rencontre de l’autre. Et par-dessus tout, son partage est une autre précieuse démonstration de l’importance des événements artistiques et sociaux en région. Si on cherche toujours une bonne raison de sortir à (ou de) la grande ville, c’est qu’on a l’habitude de déroger à notre routine. Tout le monde n’a pas les mêmes opportunités. Surtout en région éloignée des grands centres.

Il semble donc important ici de reconnaître le travail considérable que requiert la création et le développement du festival FURIES année après année depuis 2019. La créativité est cruciale quand on s’implante dans un milieu qui n’accueille pas aussi régulièrement des propositions artistiques polymorphes. Il y a le travail visible et le travail de fond. Pour ce dernier, une équipe sensible, flexible, capable de penser en dehors de la boîte est nécessaire. Sans oublier d’essentiel·les allié·es locaux qui voient le potentiel et prennent part aux activités en tant que partenaire, bénévole ou membre du public, comme Louise.

Dans le travail de fond, il y a les fonds. Un financement minimal est primordial pour permettre la tenue d’un tel événement. Et le festival a essuyé des refus inattendus cette année. Sur l’expérience de spectateur·rice, rien n’y paraît. Pas encore. La qualité est plus qu’au rendez-vous. Du point de vue de l’équipe, c’est un habile numéro de jonglage avec les ressources disponibles.

En hommage à l’audace de FURIES et à celle de son fidèle public, saluons le courage des personnes qui osent l’inconnu, le pas évident, l’inconfortable. Saluons le vivre-ensemble et le temps suspendu devant la nature, l’art et les relations humaines. Et espérons un financement conséquent pour soutenir cette initiative artistique et engagée qui rêve déjà à sa 8e édition.

Photo : ©Moïse Marcoux-Chabot

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