Dirt : histoire prenante et surprenante
— Par Alice Fournier
Dirt est une chorégraphie signée Elon Hüglund, créée pour sa compagnie Tentacle Tribe (cocréée avec Emmanuelle Lê Phan), présentée dans le cadre de Parcours Danse, au théâtre Outremont. À travers une expression unique, un mélange délicat de plusieurs styles de danse ainsi qu’une mise en scène riche en éléments, cette création retrace le lien ancestral que nous avons avec la Terre, et en propose une vision brute.
La pièce de 60 minutes, interprétée par cinq danseurs aux qualités issues du streetdance et de la danse contemporaine, est envoûtante et chargée d'idées. La scénographie, quant à elle, est d’une grande qualité esthétique : c’est une vraie œuvre cinématographique qui nous a été présentée.
L’histoire de Dirt fuse au fil de l’éclairage, élément maître de la pièce. Du début à la fin, il guide les gestes, plus qu’il ne les accompagne. Chaque scène amène les danseurs dans une ambiance distincte et profonde, tantôt accompagnée d’éclairage doux, sombre et chaleureux, tantôt froid et violent. L’effet des lumières, qui changent aux secondes, parfois aux minutes, est très intéressant. On n’a plus l’impression de voir une performance en direct, mais bien un vidéoclip. Le public est alors amené à observer le mouvement de façon différente à chaque éclairage.
Une évolution s’effectue au milieu de la pièce, avec un changement de costumes ainsi que l’arrivée d’une marionnette qui devient alors le cœur de l’histoire. Les danseurs reviennent avec une cagoule orange. Décider de la porter, ou non, change brutalement les effets de certaines scènes. Dirt assume un mélange saisissant entre une danse technique et un monde plus abstrait, presque fantastique.



Les déplacements circulaires servent aux danseurs qui se lancent, se rapprochent, se projettent et s’agitent à en faire trembler l’espace. Les acrobaties sont aussi au cœur de la gestuelle technique. En parallèle à la gestuelle, l’histoire est prenante, tournant autour d’un petit être prenant vie dans la danse. On ressent une protection du groupe envers lui, qui contraste avec l’énergie angoissante jusque-là établie. Un retour au primitif, sûrement, où la marionnette finit par s’intégrer auprès de la tribu.
Dirt est un mélange brut de gestuelle réussie, de musique envoûtante et d’une histoire à l’allure sombre qui nous ramène à soi. La superposition des éléments techniques et scénographiques est efficace. Elle apporte à la pièce une richesse mais semble parfois presque encombrante, presque de trop.




