Interstice est un espace d’écriture qui se construit dans l’immédiateté, au rythme des journées de Parcours Danse. Chaque texte publié naît de la veille : d’une première rencontre avec les œuvres, d’un premier frémissement du regard, d’une réflexion encore fraîche. Nous écrivons dans l’entre-deux — cet interstice où la sensation n’a pas encore eu le temps de se figer, où les questions se forment à même le souvenir du spectacle, où la pensée bouge encore. Les textes que vous lirez sont tous issus de cette première journée de la cohorte Interstice 2025. Ils sont le résultat d’un processus volontairement rapide et vivant : observer, ressentir, noter, puis revenir le lendemain matin avec les mots encore en suspension.
C’est cette fraîcheur que nous souhaitons préserver. Non pas des analyses définitives, mais des traces: ce qui reste, ce qui insiste, ce qui ouvre un passage intérieur après la rencontre avec une œuvre. Interstice mise sur une forme d’écriture située. Le contexte compte : les conversations à la sortie des salles, la fatigue du festival, l’énergie des autres participant·e·s, les déplacements dans la ville, l’excitation d’une première journée dense. Tout cela teinte les textes, les colore, les rend poreux. Ici, on ne recherche pas la neutralité : on accueille l’état dans lequel la danse nous trouve, et on écrit depuis cet endroit.
Ce cahier rend hommage à ce processus. Il témoigne de l’engagement des participant·e·s à écrire vite, à se faire confiance, à laisser venir des phrases encore fragiles. Écrire le soir — parfois à chaud — et livrer le lendemain exige une forme de courage et de disponibilité. Cela nécessite aussi de reconnaître la valeur des premières impressions, souvent les plus honnêtes, les plus sensibles.
Ces textes s’inscrivent dans un contexte de formation : les participant·e·s, toutes et tous issu·e·s d’une formation artistique, s’intéressent à l’écriture en danse sans y avoir été formé·e·s à proprement parler, et explorent ici une pratique nouvelle, encore en construction. Ils constituent donc une archive partielle, située, de ce premier jour. Une porte entrouverte sur ce qui a été vu, ressenti, discuté. Interstice existe pour rendre visible ce mouvement.
Léa Villalba & Marco Pronovost